Hommage à Manu Cauchy, par Luc Richard

Le 2 avril 2018, le médecin et alpiniste Emmanuel Cauchy est mort emporté par une avalanche dans le massif des Aiguilles Rouges, à Chamonix.

« Allo Manu, on va avoir besoin de ton aide ! » Combien de fois Emmanuel Cauchy a-t-il entendu ces mots, appelé depuis les sommets les plus reculés ? Cet homme hors du commun avait accumulé une expérience impressionnante et conjuguait des compétences rares. Médecin urgentiste, il était secouriste dans les milieux les plus extrêmes : avec le PGHM (gendarmerie de haute montagne) de Chamonix, il effectua près d’un millier de secours en montagne, souvent dans des conditions périlleuses. Manu a sauvé la vie à plus d’un alpiniste, intervenant crampons aux pieds dans des crevasses ou sur des paroies escarpées, à tel point qu’il était surnommé « docteur vertical » – pseudonyme qu’il utilisait pour signer ses récits de sauvetage. Alpiniste, il était guide de haute montagne et avait participé à de nombreuses expéditions, depuis l’Everest, qu’il gravi sans oxygène en 1991, jusqu’aux îles Kerguelen, où il effectua la première traversée du mont Ross avec Lionel Daudet (2006).

Pour moi, c’est lors d’expéditions au Tibet que j’avais reçu son aide. Une fois, lors d’un cas de mal aigu des montagnes (MAM) dont souffrait une personne sous ma responsabilité, il m’avait rassuré et apporté son expertise – « non, ce n’est pas un cas sévère, pas besoin de l’évacuer, vous devriez vous reposer aujourd’hui et continuer l’ascension vers le col demain. » Tout cela grâce à SOS MAM, service unique au monde qu’il avait créé pour apporter une assistance très spécialisée en médecine de montagne aux expéditions en milieux isolés.

Il co-fonda aussi l’Ifremmont (Institut français de recherche en médecine de montagne) où nous pûmes nous former auprès de lui et de ses collègues aux pathologies de la haute altitude, des milieux extrêmes et du froid – Manu était un spécialiste mondialement reconnu des gelures, pour lesquelles il avait établi un protocole de traitement. Quelques jours avant sa mort, nous étions avec lui sur la Mer de glace, au pied du mont Blanc. Il nous avait montré comment poser efficacement un relai pour aller chercher un blessé dans une crevasse. Et je le revois encore nous parler avec flegme, tout en escaladant un mur de glace vertical, un piolet dans chaque poing. Dans Les Sept cavaliers, l’un des héros dit que « l’attitude est la colonne vertébrale de l’âme. » Cela s’applique bien à Manu, tel que je le conserverai dans mon souvenir : un homme vaillant et calme, attentif aux autres, rayonnant et optimiste.

Luc Richard

Emmanuel Cauchy, « Docteur Vertical : mille et un secours en montagne », J’ai Lu, 2013.

Ifremmont : www.ifremmont.com

Likez et partagez !