Interview avec une ONG au sujet du stage « Back From Hell »

Crédit photo : Théo / Synchro-X
Crédit photo : Théo / Synchro-X

Une organisation qui souhaite rester discrète m’a demandé de répondre à quelques questions cet après-midi au sujet de notre stage « Back From Hell ».  Le but est d’informer leurs cadres et de leur donner une vision alternative du problème de la sécurité à l’étranger, alors qu’on constate une nette augmentation des agressions / attaques en règles contre les travailleurs humanitaires depuis quelques années.

ONG : Pourriez-vous vous présenter, SVP ?  Qui est David Manise ?

DM : Bien entendu.  Je m’appelle David Manise, fondateur du CEETS.  J’enseigne la survie sous à peu près toutes ses formes depuis 2003.  J’ai également formé une poignée d’excellents formateurs qui m’épaulent désormais dans les stages, et qui rendent nos cours accessibles un peu partout en France, Suisse et bientôt Belgique.

ONG : On voit plein de stages de survie sur le « marché ». Qu’est-ce que vous avez à offrir en plus ?  En quoi êtes vous différents ?

DM : Pour être honnête et pour parler un peu crûment, ce que nous avons à offrir en plus, c’est tout un tas de conneries en moins.  Nos stages sont épurés.  On filtre, on trie, on expérimente et on recommence pour offrir uniquement les choses utiles, testées, pragmatiques…  ce qui reste dans nos stages c’est ce qui fonctionnera vraiment sur le terrain, avec des humains, dans un contexte dégradé.  Et nous savons enseigner ça de manière efficiente : rapide, sûre et agréable.

ONG : Nos équipes, un peu partout dans le monde, sont de plus en plus mises à l’épreuve.  Les attaques contre nos véhicules et installations se multiplient.  Notre image et notre neutralité qui, jusque là, étaient garantes d’un minimum de sécurité ne semblent plus faire reculer certains groupes qui nous voient comme des concurrents dans le rôle du bienfaiteur.  Quelles réponses concrètes apportez-vous à ce genre de problèmes ?

DM : Le cours « revenir vivant » (aussi surnommé « back from hell ») a pour objectif de former les individus et les petites équipes à la gestion des risques et aux bonnes habitudes de base de la sécurité.  L’idée maîtresse est de les rendre acteurs.  En effet, même si les équipes de sécurité ont largement fait leurs preuves, elles sont coûteuses et pas toujours une bonne option stratégiquement parlant (lourdeur logistique, modification des rapports humains entre les différents acteurs, etc.).  Par ailleurs, même le meilleur dispositif de sécurité du monde doit, pour la santé mentale de tous, laisser un minimum de marge de liberté et d’intimité aux personnes protégées.  Ces zones grises dans le dispositif sont, on le sait, des moments qui sont de mieux en mieux exploités par l’adversaire.

En formant directement les acteurs de terrain, on les rend à la fois plus autonomes et plus pro-actifs dans la gestion de leur propre sécurité, mais aussi davantage conscients des problèmes que doivent gérer les équipes de sécurité qui s’occupent d’elles, ce qui facilite les rapports.  Ils deviennent des clients plus faciles à protéger.  Et dans les courtes phases inévitables où ils ne sont pas protégés, ils sont des cibles plus dures.
Plusieurs obstacles sont rencontrés pendant ces formations.  Et ils sont tous d’ordre culturels ou psychologiques :
  1. Certains sous-estiment le danger (parfois parce qu’ils sont simplement inconscients ou, pire, parce qu’ils y sont déjà allés plusieurs fois sans problème…), et sont réfractaires à ces « pertes de temps » ou « gaspillages de ressources »…
  2. Certains autres préfèrent inconsciemment « ne pas savoir » : l’accès aux informations sur les risques et leur gestion étant trop anxiogène, ils font l’autruche ou préfèrent déléguer complètement leur sécurité à ceux « dont c’est le boulot »…
  3. Certains autres encore s’imaginent complètement incompétents pour la gestion de leur sécurité et retombent dans la catégorie 2, mais avec la peur et la conscience du risque en plus.
Bref, c’est un sujet sensible.  Et nous avons développé des méthodes pédagogiques qui prennent en compte ces résistances.
Nous ne transformerons jamais les consultants en commandos marine, ni les infirmières idéalistes en Lara Croft.  Et nous avons l’habitude de faire avec.  Nous formons des gens ordinaires à faire des choses extraordinaires — et à trouver cela plutôt facile — depuis bientôt 12 ans.
ONG : Quels seront les intervenants pour ce cours ?
D.M.: Nous avons réuni une équipe assez inhabituelle qui se compose de (outre moi-même) :
– Pierre F., « vétéran » de l’humanitaire avec près de 15 ans d’expérience dans la gestion et la formation de personnels de terrain (Pakistan, Géorgie,Tadjikistan, Bosnie, Afghanistan, Sri Lanka, Mexique, Républiqiue Fédérale de Yougoslavie, Colombie entre 1991 & 2004 avec MSF et le CICR), uniquement dans des zones à risques ou sinistrées (pays en guerre, zones dégradées). Sa connaissance DES terrains est phénoménale.
– Frederic Hargain, ancien du 1er RPIMa spécialisé en protection rapproché et en logistique opérationnelle.
– Plusieurs moniteurs CEETS qui seront là pour aider à encadrer les phases pratiques de « survie » sur le terrain.
Le tout se jouera sur une base nautique avec toutes les infrastructures nécessaires à loger, nourrir et former nos stagiaires.  La semaine se terminera vendredi matin par une exfiltration de nuit, avec point de rendez vous, traversée en bateau et, après un petit atelier surprise, un débriefing et petit déjeûner dans un restaurant avec vue sur le lac de Vauglans.
ONG : Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
D.M.: Merci à vous ! :)
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