Le couteau « de survie »

Le couteau...De toutes les pièces d’équipement reliées de près ou de loin à la vie en plein-air et à la survie, l’une des plus controversées est sans aucun doute le couteau. Tout le monde a une opinion très tranchée sur la chose (pardonnez-moi cet humour un peu émoussé…). Le monde, en fait, est divisé en deux. Ceux qui connaissent et savent apprécier la valeur utilitaire de l’outil tranchant, et ceux qui considèrent tout détenteur de ce savoir comme un criminel en puissance…

Il est vrai que l’outil tranchant a trop longtemps et trop souvent servi d’argument à de nombreux déviants pour affirmer leur virilité chancelante. Il a aussi été utilisé dans diverses activités humaines peu recommandables, du meurtre passionnel à la croisade chrétienne, en passant par le viol, les menaces, l’extortion et la mutilation de rangées d’arbres servant à délimiter jalousement les propriétés privées. Pourtant, la plupart des détracteurs du couteau oublient de mentionner que la société qu’ils défendent par là même avec cette ardeur si véhémente n’aurait jamais pu émerger des glaciers de l’Europe paléolithique sans cet outil tout simple. L’humanité possède, fabrique et utilise divers outils tranchants depuis des temps immémoriaux. Sans lui, d’ailleurs, jamais personne n’aurait pu prétendre au statut d’Homo Habilis. C’est comme ça.

Évidemment, quiconque se promène dans le métro parisien avec une machette pose le problème inhérent à l’utilisation de tout outil : va-t-il ou non être utilisé à bon escient ? Pour éviter de se poser cette question difficile, et pour faciliter le travail des gardiens de la paix, la loi tranche (toujours cet humour si bien trempé…). Il est interdit, en France, de porter un couteau à lame fixe ou même un canif, pour peu que sa lame puisse se bloquer (ce qui inclut même les Opinels à virole). Dans les faits, les agents de la paix fermeront souvent les yeux si vous pouvez les convaincre que vous transportez le couteau en question dans un but précis… et évidemment que ce but n’est pas de blesser ou tuer votre prochain. Ce choix est laissé à leur appréciation…  et de fait le port d’une arme de 6e catégorie (qui inclut tout couteau à lame fixe ou dont la lame se bloque, en somme) peut vous valoir des ennuis.

Ceci dit, de transporter un couteau en forêt, en montagne, ou en milieu isolé, pour des fins utilitaires, ne pose généralement pas de problème légaux. Évidemment, il n’en va pas toujours de même en ville, même si on transporte son canif dans le but d’épelucher une pomme, de couper un bout de saucisson ou d’ouvrir des enveloppes.  En ville, il est sage d’opter pour un modèle de couteau pliant dont la lame ne peut pas se bloquer, de petite taille, et au look pacifiste.  Le couteau de l’armée Suisse, par exemple, passe généralement pour un gentil.

Il existe malgré tout des zones plus étroitement surveillées où même ce genre de couteau pourra être confisqué, voire vous valoir des ennuis judiciaires : tribunaux, boîtes de nuit, avions (en cabine), mais aussi manifestations, stades…  il faut parfois savoir réellement déposer les armes ;)

Un ami m’a, un jour, posé une question à deux balles. L’ami en question (il s’appelle Matt Langley) est très fort pour poser ce genre de questions… Cette fois là, sa question était « Si tu devais emmener une seule pièce d’équipement en forêt pour survivre jusqu’à la fin de tes jours, tu choisirais quoi ? »… J’ai d’abord soupiré. Situation irréaliste, question débile, Matt… J’ai ensuite réfléchi un peu, et la réponse est très vite venue : un gros couteau extrêmement solide, doté d’une lame fixe d’au moins 20 cm.

Je vois d’ici les fans de Rambo s’émoustiller, et les psychanalistes afficher un sourire imperceptible, mais clairement amusé… Oui, sans le moindre doute, le couteau est un symbole phallique. Et oui, beaucoup d’hommes (et même quelques femmes) trimballent un gros couteau dans le but inavoué de compenser certaines lacunes. Pourtant, dans ce domaine comme dans d’autres, une lame de 25 cm ne sert pas à grand chose si on ne sait pas quoi en faire, alors que l’inverse n’est pas nécessairement vrai.

Pourquoi, donc, est-ce que je prendrais la peine de transporter un couteau aussi gros, aussi lourd et aussi encombrant ? Pour la simple et bonne raison qu’un solide couteau de cette taille peut être utilisé (entre autres) comme hachette, bras de levier, coin pour fendre du bois, harpon, pioche… Les petits couteaux, qui représentent une fraction du poids et de l’emcombrement de leur grands frères, peuvent évidemment accomplir pratiquement tous les travaux de coupe. Avec un peu d’expérience et d’habileté, on peut ainsi abattre un petit arbre, dépecer un caribou et fabriquer de nombreux outils et survivre avec un couteau ne dépassant pas 10 cm au repos (euh…). Pourtant, malgré toute sa bonne volonté, un petit couteau n’a pas la solidité requise pour servir de bras de levier, ni la longueur nécessaire pour être utilisé en combinaison avec un bâton pour fendre du bois. Donc, oui… Je l’avoue. En forêt, je transporte un gros couteau, malgré le fait que son insolente présence effraie un peu les petits enfants et les demoiselles. J’ai beau passer pour un pervers, pour un adorateur de Rambo ou pour un fasciste en puissance, j’assume mes convictions et je le dis haut et fort : je suis un écologiste convaincu, je suis tout sauf un macho, je suis anti-fasciste, plutôt non-violent… et malgré tout, j’ai presque toujours un gros couteau sur moi quand je suis en forêt. J’ai aussi, autour du cou, un petit couteau utilitaire, qui me sert pour les tâches plus minutieuses, de la sculpture d’une cuiller à la découpe du saucisson. Pour dire les choses simplement, je considère ce petit couteau comme le strict minimum, et son grand frère comme une assurance vie.

Cela dit, la plupart des gens ne sont pas psychologiquement prêts à acquérir un couteau doté d’une lame de 20 cm, et encore moins à transporter les 400 ou 500 grammes supplémentaires qu’il représente. Qu’ils se rassurent, un petit couteau pourra effectuer au moins 80% des tâches de son grand frère, pour à peine 20% de l’encombrement (et du prix !). C’est la bonne veille loi du « 80-20 », qui nous dit que pour réaliser 80% d’une tâche, il faut 20% de l’effort… et que les 20% qui restent à compléter demanderont généralement 80% du boulot. Il vaut mieux, donc, préparer son équipement et y inclure un petit couteau léger et peu encombrant que de ne rien prendre du tout… D’ailleurs, comme on le dit souvent, le meilleur couteau de survie qu’on puisse imaginer est celui que vous avez avec vous.

Vous me direz, et vous aurez raison, qu’il est possible de fabriquer des outils tranchants dans la nature, à partir de nombreux autres matériaux que l’acier. C’est un fait. J’ai fabriqué et utilisé une pléthore de matériaux pour créer des lames en tous genre, en forêt comme en montagne. Pierre calcaire à grain fin (on en trouve partout dans le Vercors et aux alentours), silex, quartz, obsidienne, éclat de verre, bout d’os poli, bois dur, corne de cerf… Quoi qu’on en dise, toutes ces lames de fortune sont très loin d’être aussi résistantes que l’acier. Et même si l’obsidienne, par exemple, peut nous fournir un tranchant plus coupant que le meilleur des aciers, elle supporte mal les impacts, et reste très fragile (l’obdisienne n’est, à peu de choses près, que du verre d’assez mauvaise qualité après tout…). Bref, comme toute technique ancestrale, la fabrication d’outils tranchants est une compétence inestimable (et un passe-temps agréable), mais il ne faut pas croire qu’on puisse efficacement remplacer un couteau de bonne qualité par un bout de silex… ce genre d’outil est, au mieux, une roue de secours.

Un bon couteau « de survie » est un couteau qui puisse être à la fois :

  • suffisamment léger, acceptable socialement et peu encombrant pour que vous acceptiez de le transporter systématiquement lorsque vous partez dans la nature ;
  • capable d’effectuer le plus grand nombre de tâches possibles dans l’environnement que vous fréquentez sans vous laisser tomber en cours de route.

Pour beaucoup de gens, ce couteau sera un simple Opinel. Pour d’autres, ça sera carrément une petite machette… les préférences personnelles varient énormément. Et c’est très bien ainsi. Mais de grâce, ne partez jamais chez Mère Nature sans un couteau de bonne qualité.

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2 réflexions au sujet de « Le couteau « de survie » »

  1. Cher David,
    Je viens de lire ton article relatif au couteau de survie que l’on se doit d’apporter avec soit en forêt, je suis tout à fait d’accord qu’il est préférable d’avoir une bonne lame pour les gros travaux et un deuxième pour ceux moins imposant. Pour ma part j’ai fais l’acquisition d’un Chris Reeve ( modèle Pacific ) que j’espère tester dès que je le pourrai et un petit tarani de 5.11 Tactical que j’ai sur moi tout le temps en garde du corps. Je sais que de par la loi je suis hors-la-loi mais par les temps qui courent on est pas assez prudent. J’ai déjà effectué une sortie terrain de plusieurs jours en me servant des renseignements que j’ai trouvé dans vos revues et je ne désespère pas de faire parti d’un de vos stages de survie. Je te souhaite de continuer le plus longtemps possible ta passion pour la nature. Cordialement Mr Godot.

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