Quelle pharmacie emporter en randonnée ? — Anne Mermilliod

Vous projetez de partir régulièrement en randonnée cette année, et comme vous êtes une personne responsable, vous avez prévu d’emporter une pharmacie. Mais quelle pharmacie ? Vaut-il mieux en acheter une toute prête ou la préparer soi-même ? Comment choisir, que faut-il mettre dedans, quelle taille prévoir, et comment être sûr de n’avoir rien oublié?Que ce soit pour une ballade dans les bois le samedi après-midi, ou une sortie en montagne de plusieurs jours, les besoins à identifier et les principes sont les mêmes. A partir des ces éléments, accompagnés de quelques conseils, vous allez pouvoir vous constituer en toute confiance une pharmacie adaptée à vos besoins.

Pour faire simple, je vous propose de nous projeter dans un contexte de randonnée à la journée ou sur un week-end, avec des secours médicalisés joignables et disponibles dans un délai raisonnable (entre 1 et 4 heures). Ce qui correspond à une situation très courante en Europe. La pharmacie vous est destinée, ainsi qu’à votre proche entourage.

Une pharmacie, pour quoi faire?

Il y a trois types de situation :

Dans les cas vraiment sérieux à très graves, après les premiers gestes, on ne peut qu’avertir les secours, et en attendant leur arrivée, protéger le blessé de l’environnement, surveiller les fonctions vitales et éviter certaines causes d’aggravation (rassurer, protéger les voies aériennes, mise en position latérale de sécurité, etc.).

–> Besoin de moyens d’avertir les secours, puis de protéger le blessé.

Dans les cas qui nécessitent des soins chez un médecin (blessure avec un couteau, belle entorse, fracture du poignet, etc), on ne va de toute façon pas soigner avec le contenu de la pharmacie. On va protéger le blessé de l’environnement, et protéger la blessure, voire l’immobiliser pour limiter la douleur et l’inconfort. Dans certaines situations (cas d’un randonneur isolé), il peut être utile de disposer d’une aide pour pouvoir rentrer par ses propres moyens (tape pour une attelle improvisée, anti-douleurs, etc.).

–> Besoin de moyens d’avertir les secours, d’emballer et d’immobiliser la blessure, puis de protéger le blessé ; éventuellement d’une aide pour rentrer par ses propres moyens.

Pour les cas légers, penser aux plus probables et en priorité au confort des pieds, aux moyens d’éviter les infections en cas de petites blessures, et à tout ce qui peut donner un coup de pouce pour que randonnée rime avec plaisir (bobologie). Cela inclut également une réserve de ses médicaments personnels si l’on suit un traitement.

–> Prévention et gestion des ampoules, désinfection des petites blessures, etc.

Le randonneur prudent et avisé emporte dans son sac de quoi répondre à ces besoins de base.

Quatre questions supplémentaires

A cette prise en compte des besoins de base, il faut ajouter :

  • Le nombre de personne (conjoint, enfants) : pour adapter certaines quantités, et choisir des produits adaptés.
  • Les besoins spécifiques (maladies chroniques, traitements en cours) : pour emporter une réserve de médicaments personnels, un antihistaminique, ou d’autres médicaments indispensables.
  • Les risques particuliers encourus (lieux, type d’activité) : pour prévoir des moyens adaptés supplémentaires.
  • La durée de la randonnée : pour adapter les quantités et les produits nécessaires. Une demi-journée, un pansement protecteur suffit pour une petite blessure; deux jours, il faut désinfecter et prévoir de changer le pansement.

Les principes d’une pharmacie de randonnée

  • Les vêtements et le matériel emportés dans le sac forment un tout avec la pharmacie.
  • La pharmacie elle-même n’est qu’un élément de l’ensemble.
  • Une partie du matériel de secours est rangé de façon rapidement accessible dans le sac à dos.
  • On n’emporte que ce que l’on sait utiliser (et on se forme pour ça !).
  • On prend le nécessaire, et pas l’« utile » (sinon, prévoir une mule).

Que faut-il emporter ?

A partir des besoins établis et en respectant ces quelques principes, il est temps de lister ce que l’on décide d’emporter. Voici donc quelques exemples de ce qui peut être nécessaire. Il ne s’agit pas de LA liste, mais d’un aperçu des possibilités. A vous de construire votre propre liste. En gras, ce qui va dans la pharmacie elle-même.

Moyen d’avertir : téléphone mobile (avec une charge suffisante pour la durée prévue et au-delà !) , éventuellement une radio (connaître les protocoles), liste des contacts téléphoniques utiles, avoir prévenu une personne de confiance à l’avance avec des consignes claires, etc.

Moyen de protéger de l’environnement : vêtements, poncho, couverture de survie, petit matelas siège, etc.

Moyen d’immobiliser : vêtements, foulard, épingles de nourrice, duct tape, cordelette, sangles du sac, etc.

Moyen d’emballer et de protéger une blessure : foulard ou écharpe, grand pansement tout prêt, compresse en emballage individuel, épingles de nourrice, sparadrap, etc.

Aide à la mobilité : bande auto-adhésive forte, anti-inflammatoire et anti-douleur.

Prévention et gestion des ampoules : sparadrap protecteur, pansements pour ampoules.

Désinfection et protection des petites blessures : lingettes imprégnées de désinfectant ou mini flacon désinfectant, pansements tout prêts, sparadrap.

Bobologie et petits accessoires : ciseaux, pince à épiler fine (enlever une épine), stick lèvres, crème solaire, collyre en monodose (rinçage de l’œil en cas d’irritation ou de corps étranger), antihistaminique en pommade, glucose ou sucre raisin (petit coup de fouet), crème cicatrisante, anti-diarrhéique, phytothérapie et homéopathie pour ceux qui le désirent.

Médicaments personnels : Emporter suffisamment de médicaments en réserve, bien au-delà de la durée de randonnée prévue. Pas question de se trouver en manque d’un anticoagulant le dimanche soir, alors que l’on risque de rentrer avec quelques jours de retard. Ne pas oublier d’emporter un antihistaminique oral pour les personnes sensibles, ou une dose d’adrénaline auto-injectable (EpiPen®) pour les personnes sujettes à de fortes réactions allergiques.

Risques particuliers : utilisation d’un couteau pour bricoler, conserver un pansement compressif à portée de main (pas au bas du sac à dos) ; approvisionnement en eau improvisé, prévoir un moyen pour filtrer et traiter l’eau.

Matériel additionnel éventuel : 1 ou 2 zip-lock, de quoi écrire, éventuellement des gants nitrile (pas besoin de gants stériles).

Les règles du rangement

Les médicaments sont rangés dans dans des zip-locks individuels, avec les informations importantes nom/usage/posologie et principales contre-indications. On note la date limite d’utilisation au stylo indélébile sur les plaquettes emportées, avec un ruban sparadrap collé au besoin.

stages survie ceetsLes médicaments personnels vont avec les affaires personnelles. Mais il est utile de prévoir une réserve dans la pharmacie. Là aussi, indiquer les informations nom/usage/posologie et principale contre-indications, et ajouter de façon visible le nom de la personne concernée.

Regrouper ce qui va ensemble, afin d’éviter d’avoir à sortir toute le contenu de la pharmacie juste pour réunir de quoi soigner un petit bobo.

Le pansement compressif doit être facilement accessible (pas dans la pharmacie ni au fond du sac !).

Acheter une pharmacie toute faite ?

Maintenant que vous connaissez le contenu de votre pharmacie, deux options sont possibles :

  1. Acheter une pharmacie dans le commerce, la vider du superflu, puis la compléter avec le nécessaire, selon la liste établie précédement. Résister à l’envie de garder tout-ce-qui-pourrait-éventuellement-être-utile-on-ne-sait-jamais…
  2. Etaler sur la table tout le matériel nécessaire qui va dans la pharmacie elle-même, puis trouver un emballage adapté en faisant preuve de créativité : pochette en tissu, petite boîte étanche, trousse d’écolier, etc. Dans ce cas, il est judicieux de signaler qu’il s’agit de la pharmacie (avec une magnifique croix rouge en scotch d’électricien par exemple).

Quelle que soit l’option choisie, conserver la liste de ce qui doit être emporté dans la pharmacie ET dans le sac, et vérifier chaque fois que rien n’a été oublié !

A retenir

  • Vêtements contre le froid : protéger le corps, la nuque et la tête, et isoler du sol. Un blessé se refroidit très vite.
  • Un chèche ou un foulard assez grand, en coton lavé et relavé a de nombreux usages:
    • Echarpe pour le cou et protège-tête
    • Filtre pour l’eau
    • Tissu pour rafraichir une fois mouillé
    • Triangle pour emballer une blessure, pour immobiliser, bras en écharpe, etc.
  • Couverture de survie : se porte sous la veste, pas au-dessus – cela permet de conserver la chaleur près du corps, et protège la couverture qui ne résiste pas longtemps en cas de vent. Il existe des modèles pour la montagne, plus résistants et plus lourds.
  • Médicaments pour la pharmacie : on demande à son médecin une ordonnance, et on change régulièrement les médicaments de la pharmacie, car les conditions de stockage ne sont pas idéales. On n’attend pas la date limite d’utilisation.
  • Les médicaments de votre pharmacie ne sont destinés qu’à vous et à votre famille. Il n’est pas question de les proposer à de tierces personnes.
  • Bobologie : utile pour éviter que les petits soucis ne transforment une rando en calvaire. Surtout avec les enfants. Penser à faire le forcing de la pharmacie du coin pour obtenir des mini-emballages.

Le plus important

La pharmacie c’est bien, mais c’est ce dont on a besoin APRES l’arrivée du coup dur. Respectez toujours les consignes de prudence, et formez vous aux gestes de premiers secours.

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6 réflexions au sujet de « Quelle pharmacie emporter en randonnée ? — Anne Mermilliod »

  1. Il existe des masques de poche pour la respiration artificielle. Je pense que ça ne mange pas de pain d’en avoir un avec soi. Se protéger avant de sauver…

  2. Effectivement, les rambos et autres furieux à la mad max, c’est pas notre truc non plus hein ;)

    Les gens viennent chez nous pour trouver des solutions simples et utilisables pour prévenir les emmerdes et les gérer si jamais… Ambiance cool, zen, détendue mais studieuse, dans la bonne humeur. On rigole et on apprend, quoi.

    Au plaisir ;)

    David

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