Survie pédagogique…

Homo sapiens sapiens dépend de la transmission du savoir pour survivre en tant qu’espèce.

Si on enseigne mal, on vit mal.  Si on transmet bien (et les bonnes choses), on vit mieux.  Et le monde est rempli de parents qui veulent bien faire, d’adultes qui ont envie d’aider, de gens qui aiment transmettre des trucs qu’ils connaissent.  Cette transmission des savoirs est quelque chose de précieux.  Et de savoir transmettre est, fondamentalement, absolument, totalement UTILE pour notre espèce.

Alors je me lance.  Je vous livre ici quelques principes fondamentaux de la pédagogie « CEETS » qui valent ce qu’elles valent, mais qui, bien appliquées, donnent des résultats extra-ordinaires (je note au passage que j’en dois quelques unes à PP et Alain, mais on va finir par croire qu’ils me paient pour faire leur pub alors j’évite de trop en faire)…

(note préventive pour m’éviter des heures de débat avec tous ceux qui vont me dire que je ne devrais pas donner comme ça tout plein d’outils à la concurrence : les vrais secrets se gardent parfaitement bien tous seuls.  Un peu comme la règle des trois « complétée », les stages divisés en niveaux ou l’effet Chimpanzé, on nous les piquera (sans savoir bien les utiliser) et on se ridiculisera en le faisant, hein, et ça en convaincra un ou deux, sans doute…  mais je pense que de diffuser ces principes fera globalement plus de bien que de mal, dans l’univers.)

Quelques trucs pour bien transmettre ses connaissances.

  1. Toujours formuler ses critiques par la positive : « fais plutôt comme ça, ça marchera mieux ».  Critiquer négativement donne une image négative d’elle même à la personne critiquée, ce qui peut nuire à son estime d’elle-même et/ou stimuler des défenses qui empêchent le message d’arriver jusqu’à son cerveau ;)
  2. Laisser un élève en situation d’échec est une faute professionnelle.  Un élève qui échoue est le symptôme d’une pédagogie inadaptée et/ou d’objectifs trop difficiles pour son niveau (et d’évaluer ce niveau est de la responsabilité du formateur, bordel de merde).  Toujours faire réussir.  Commencer par des fractions de problème s’il le faut, faire digérer lentement des portions parfois infimes de l’apprentissage final, et construire en combinant ces petites réussites comme des briques, patiemment, jusqu’à en faire un mur.  C’est ça le boulot de formateur.
  3. Les humains apprennent sur le tas.  Ils s’en foutent des grands discours sur ce qui les attend, de la belle théorie que vous leur pondrez, et de tous vos mots savants.  Les homo sapiens sapiens doivent être confrontés à un problème concret pour accepter de dépenser de leur précieuse énergie pour comprendre les solutions.  Point barre.  Un bon formateur sait présenter des problèmes juste assez gros et des solutions juste assez efficientes pour que l’élève accepte de prendre la peine de les intégrer.  Et donc à vous de trouver des problèmes stimulants et intéressants.  Et adaptés.
  4. Les marches doivent être juste assez hautes.  Trop basses, c’est trop facile et ils s’emmerdent.  Trop hautes, ils se cassent le nez dessus.  Il faut savoir bien doser la difficulté.  Et donc bien évaluer les élèves.  Et donc être réellement intéressé par leur réussite et leur bien être.
  5. On a besoin de plaisir pour apprendre.  Apprendre quelque chose qu’on déteste avec quelqu’un qui nous méprise est physiologiquement impossible.  C’est comme ça.  Notre cerveau est conçu comme ça.  Les neuro-sciences le savent depuis au moins 20 ans.  Plus d’excuses, là, hein ?  Il est du devoir des formateurs de créer une ambiance détendue où chacun se sent en sécurité, accepté et respecté.  Il est du devoir du formateur de nourrir et d’entretenir une ambiance de travail où les gens rient, respirent et conservent l’envie d’apprendre.  Il est du devoir du formateur de dorloter et de couver la motivation de ses élèves comme un petit oeuf fragile et précieux…  et pour ça on a besoin d’un cadre de travail sain, et aussi de la capacité à maintenir un minimum de discipline au sein du groupe.  Eh oui je sais, c’est pas politiquement correct, mais un bon prof doit aussi être l’individu le plus fort et le plus dominant du lieu, sinon autant pisser dans un violon.  Et j’ajouterai que la peur est au respect ce que le sexe est au couple.  Ca fait pas tout, mais sans ça, ça ne marche qu’avec de gros, gros efforts très couteux en énergie.
  6. Les évaluations, c’est de la merde.  La réalité donne des feedbacks beaucoup plus justes et constructifs…  d’où le double intérêt de l’approche « par projets » : les résultats sont immédiatement visibles, et si ça ne fonctionne pas du premier coup (ce qui est normal, toléré et intégré à la formation : on doit aussi apprendre à rebondir…  donc ENSEIGNER à rebondir), on peut directement analyser les causes et rectifier le tir, et ce jusqu’à ce que ça fonctionne (voir le point 2 !).  Le réel (et la tâche qu’on a confiée à un élève) sert de point de référence à l’évaluation, plutôt qu’une grille d’évaluation pondue par un esthète philosophe de salon qui n’a jamais vu un élève de sa vie.
  7. Un problème à la fois.  Il faut corriger une chose à la fois, et corriger seulement cette chose là jusqu’à la réussite.  Puis laisser souffler un tout petit peu, féliciter, montrer tout le chemin parcouru…  s’assurer de la motivation qui reste…  et attaquer un second problème.  On ne peut pas tirer sur les fleurs pour les faire pousser plus vite.  Ca les arrache.
  8. Les bases, les bases, les bases et encore les bases.  Tout le monde veut des programmes avancés, des techniques secrètes et des trucs prestigieux.  Mais la seule chose qui fonctionne réellement, ce sont les bases, les fondamentaux, bien appliquées et au bon moment.  En boxe, il y a 7 techniques.  En musique, il y a 12 notes.  La virtuosité ne vient pas de la quantité de matière à exploiter, mais bien de la manière de l’utiliser, et de la combiner. Accordez une importance extrême aux fondamentaux.  Soignez de manière particulière le plaisir qu’on peut prendre à rechercher la perfection d’une chose toute simple.  En faisant n’importe quoi assez longtemps, on y découvre un univers d’une richesse insoupçonnable.  Valorisez cela.  Parce que la vraie maîtrise, la vraie compétence, c’est ça.
  9. S’ils échouent, c’est de votre faute. S’ils réussissent, c’est grâce à leurs efforts.  Valorisez la réussite.  Félicitez et encouragez.  Et au moindre échec, remettez votre propre boulot en question avant tout.  La formation est un métier ingrat…  qui vous rendra au centuple vos investissements si vous avez réellement à coeur la réussite et le développement des autres.  Les gens qui cherchent à briller sont tous, toujours, systématiquement des enseignants vraiment minables. Et tous leurs élèves et collègues sont au moins d’accord là-dessus.
  10. Aimez les avant tout.  Inutile d’espérer enseigner quoi que ce soit à quelqu’un qui vous sort par les trous de nez.  Dépassez vos a prioris.  Voyez le petit truc encourageant qu’on trouve dans chaque être vivant.  Et n’oubliez pas que votre boulot est de les faire progresser…  que ça soit du point V au point Z…  ou du point A au point E.
  11. Coupez le cordon.  Donnez leur envie d’apprendre par eux-même.  Parce que recevoir du poisson c’est bien.  Savoir pêcher c’est mieux.  Et libérez les.  Ne vous rendez pas indispensable, au contraire.  Votre boulot consiste à faire en sorte qu’ils n’aient, à terme, plus besoin de vous.

Oui, c’est ingrat.  On se met en quatre pour eux, on les aime, on leur donne tout, on invente des trucs pour eux, on les booste à mort, on leur donne plein d’énergie, et ensuite on les voit partir sans se retourner et vivre des trucs géniaux pour eux.  Et le pire c’est qu’on est contents.  On fait notre boulot.  Et de temps en temps on reçoit un mail où un ancien stagiaire nous dit « eh, tu m’as sauvé la vie ».  Et là on le montre pas trop mais on a les yeux qui transpirent et la boule dans la gorge, et on se dit qu’on a vraiment un boulot en or.

Ce qu’on fait a du sens.  Vraiment.  Parce que, justement, on le fait pour les autres.

Pour arriver à faire ça, pour sélectionner ceux qui ont vraiment la fibre pédagogique, les moniteurs CEETS passent par une formation longue, ingrate et difficile…  et seuls les plus cinglés réussissent : ceux qui sont prêts à bosser pour rien, pour les autres, à volontairement donner un truc sans le moindre espoir de réciprocité…  Juste parce que c’est comme ça qu’ils savent que c’est sain pour leurs élèves.  Ceux là deviennent des formateurs hors pair.  Les autres, jamais.

(Ne vous inquiétez pas, nos moniteurs ne sont pas non plus des saints ou des victimes d’un gourou : après leur formation, ils sont payés pour leur boulot hein ! Et ils le méritent amplement ;))

Mode d’emploi de ce texte :

  1. Faites tourner librement.  Les petits « secrets » de ce texte sont faits pour être diffusés massivement, et pour être lus par ceux qui souhaitent enseigner.
  2. Ne le prenez pas pour acquis.  Restez critique.  Pensez par vous-mêmes.  Améliorez le.  Et si vous avez des idées à nous faire partager pour devenir meilleurs, on est preneurs ;)
  3. Si vous vous sentez visé par ce texte, c’est probablement le cas.  Même si je ne vous connaît pas.  Vous avez le droit de devenir meilleur aussi ;)
  4. N’oubliez pas que ça n’est que mon opinion sur la chose, et que je peux me tromper complètement…

Ciao ;)

David

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3 réflexions au sujet de « Survie pédagogique… »

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